Amélie, vue par Cyrz : La voix de Soie

par Cyrille Paraire - Cyrz. Le 23 mai 2006



À l’origine, Amélie est une petite fille-chenille. Elle passe son enfance à doucement tisser son univers, au fil du temps, en fil de soie. Puis elle continue sa vie à l’abri, protégée par ce cocon. Dans cette chrysalide, elle devient évidement la nymphe-adolescente, dont on ne saura jamais rien, pour inévitablement se métamorphoser un peu plus tard en la jeune femme-papillon qu’elle est aujourd’hui.

Amélie nous vient d’un ailleurs, c’est certain. D’un monde où les papillons de son espèce sont reines et la flore l’unique décor qui s’offre à elle. Alors, de pétales en brindilles, de feuilles en branches, elle s’élève petit à petit, se pose par-ci, se pose par-là mais jamais bien longtemps au même endroit ; elle sait que c’est dans la diversité et le multicolore qu’elle évoluera. Chacune des rares apparitions d’Amélie durant ces dernières années, toutes aussi magiques les unes que les autres, nous ont offert non seulement la preuve de sa remarquable singularité mais aussi de son talent dont on sait qu’il tiendra sa promesse à l’avenir.

Avec ses ailes, au nombre de quatre et grandement déployées, elle parcourt aujourd’hui notre ciel qu’il soit bleu ou nuageux, ainsi que nos prairies qu’elles soient vertes ou desséchées. On dit qu’un seul de ses battements de cordes vocales, qu’une seule de ses vibrations à Lille peut provoquer une symphonie à Marseille.

Sa jeune légende évoque un choeur de lépidoptères qu’elle transporte à l’intérieur d’elle-même. Des diurnes ou des crépusculaires qu’elle apprivoise et dont elle se nourrit au fil de ses rencontres, tout au long de ses voyages. À chacune de ses envolées en public, c’est comme si ses centaines de papillons invisibles sortaient de sa bouche et claquaient des ailes à l’unisson et qu’ensuite chacun d’eux nous tournait autour dans une danse de flacflacflac vertigineux ; un manège de monstres et de fées, de créatures chimériques tout droit sorties de son imaginaire et peut-être même du nôtre. La musique d’Amélie est avant tout un chant, une chorégraphie sonore et onirique, celle de sa propre histoire sans doute. Ce sont des mélodies qui se faufilent dans les courants d’airs et qui nous accompagnent un bout de chemin. Des mélodies qui parfois nous reviennent sans prévenir, au gré d’un vent contraire. Un état de grâce assez rare pour le souligner ; une autre vision de la beauté.

Cette jeune femme-papillon n’en finit pas de nous ravir les oreilles. Elle nous arc-en-ciellise la vie. Dans le silence qui succède à son lyrisme, le frisson continue de nous transporter. Et quand elle reprend son envol c’est à nouveau son choeur de petits insectes orphelins qui fredonne comptines et chansons dans les champs de coton de nos corps innocents. Le sanglot n’est jamais loin mais le rictus non plus.

C’est un enchantement de la voir nous livrer autant d’émotions à travers ce filet de voix. Un filet de voix par lequel on se fait tout d’abord charmer et ensuite volontairement attraper. Et non rattraper. Car devant elle on ne fuit pas, on se laisse euphoriser par cette sensation de bien être qui émane de son instrument. Sa voix.

L’effet est immédiat. Une fois pris dans ce doux piège translucide, on se surprend à papillonner dans le jardin de nos rêves les plus enfouis, les yeux grand ouvert sur le monde, sur nous-même, convaincu qu’Amélie c’est ça, quoiqu’il en soit. Une voix de soie, fine et brillante, calme ou rageuse, orageuse, ensoleillée. La voix d’une petite fille qui aurait mûri trop vite et qui se retrouve, ignorant toute forme de métamorphose, dans un corps d’adulte qu’elle accepte malgré tout. C’est très certainement une femme-enfant-papillon. Elle s’exprime avec ce que lui a donné la nature ; sa voix, encore une fois.

Un don ? Peut-être. En tout cas, une voix qui réchauffe ou rafraîchit selon la saison et dont on aimerait se vêtir plus souvent. L’histoire de se sentir un peu mieux dans ce monde où le bourdon, désormais, n’a qu’à bien se tenir. Car oui c’est officiel, c’est dans ce monde qu’Amélie va faire parler d’elle. Avec sa voix. Avec son choeur de papillon.

jeudi 29 mars 2007

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